Regards

Moqueuse, Dionne aime faire disparaître ses personnages côté jardin par des trappes ou d’autres sombres mécanismes, naturellement, comme s’ils se glissaient sous leurs draps. Se plier aux caprices de l’humain et de la machine ou tendre vers l’objet de son envie ne sont pas garants du bonheur. Est-ce alors occulter notre propre mort que lui opposer un rire prométhéen?

Nathalie Roy, Violette Dionne : côté jardin, revue Vie des arts, printemps 2009, p. 84

Machine à vapeurs (2006)

Les reliefs qui composent Choses faites résistent d’emblée au classement dont la critique contemporaine est friande: où situer en effet ces petites scènes dont le format évoque celui des chapiteaux romans et dont les personnages remettent en mémoire certaines figures du Jardin des délices de Bosch? La matière utilisée — de la terre cuite colorée par des engobes– évoque elle aussi la tradition. L’allure fragmentaire de chaque pièce — comme si elle avait été détachée d’une frise pour en demeurer le vestige — renvoie à ces innombrables bas-reliefs éparpillés dans les musées, dont le support architectural a été perdu et qui acquièrent avec le temps une nouvelle vie, presque autonome.

Marine Van Hoof, Un univers plutôt tranquille?, extrait du catalogue pour l’exposition Choses faites, éditions de Mévius, Montréal, 2008, p. 9

Au fond, n’est-ce pas toujours du lien d’attachement ou de solitude qu’il s’agit dans ces Choses faites, terminées, proches et loin derrière? Liens et cassures d’un corps avec un autre, dépendance d’un homme à la terre qu’il va bientôt dévorer ou sur laquelle il appuie l’oreille pour entendre les échos du dessous.

Michel Peterson, «le beau mal», Catalogue pour l’exposition Choses faites, p. 47

Les êtres qui peuplent ces lieux étranges [mis en scène par Violette Dionne] ressemblent (…) à des ombres. Ils ont certes quelque chose d’humain, mais sans la plénitude de la vie. Ils sont là comme en attente, dans un décor réduit à sa plus simple expression : une table, un coffre, une trappe, juste ce qu’il faut pour ne pas être plantés dans le vide, juste ce qu’il faut pour être encore un peu, quelque part entre disparaître ou renaître, logés à l’enseigne d’un autre monde, monde parallèle au nôtre, celui des rêves personnels ou collectifs que matérialisent les artistes, monde peuplé d’esprits, d’anges ou de démons qui mèneraient à notre insu une existence propre.

Jacques Tremblay, Entre chien et loup, extrait du catalogue pour l’exposition Choses faites, éditions de Mévius, 2008, p. 21


Chute du bloc (2006)

Quelque chose de sacré se grave dans le pathétique des figures de céramique qu’on lit comme une écriture hiéroglyphique. Les corps sont montrés parfois de façon incongrue, ils sont incomplets. On les voit chacun comme une abstraction ou un nouvel organisme ayant sa vie propre. On ne sait pas vraiment si le corps va retourner à la terre ou s’il s’en extirpe au moyen des membres qui restent apparents, qu’il s’agisse de jambes ou de bras, ou encore d’os recouverts des bandelettes de la momification.

Isabelle de Mévius, Fragments sacrés, revue Vie des arts, automne 2005


Aller en haut de page

Retour à la page d’accueil